” The Just Society Movement ” Pour les pauvres par les pauvres – Un modèle d’activisme populaire

Par Finn Coyle


“ The Just Society Movement ” (1969-1972) était un groupe activiste populaire de Toronto, qui malgré sa courte durée de vie a beaucoup accomplis en termes d’aide social. Le tout a débuté lorsque deux mères monoparentales se sont rencontrées en ramassant leurs enfants du camp d'été, Suzanne Polgar et Doris Power. Les deux femmes avaient beaucoup en commun, tel qu’une insatisfaction avec les services sociaux et leurs règlements déroutants et souvent illogiques. Pour commencer, elles ont décidé de transmettre ce qu’elles ont appris de leurs expériences à d’autres personnes afin de les aider. Trois ans plus tard, le succès du mouvement a enchaîné sa fin, la quantité de membres, des préoccupations plus compliquées, et l’alignement du mouvement avec d’autres organisations plus grandes ont fait que le mouvement ne pouvait plus fonctionner en tant que mouvement populaire, d’une personne à une autre.

De fait, le JSM (Just Society Movement) a atteint son objectif. Il avait plus de 600 membres, tous de bénévoles, et opérais 4 bureaux – deux à Toronto, un à Kingston et un à Windsor – tous près de bureaux d'aide sociale. Ce groupe était une image attrayante au public général – plus de 80% étant des femmes, plusieurs étant des mères monoparentales qui se battaient dans le nom de leur famille. Leur démonstrations et apparences étaient très bien organisées et gagnaient souvent la faveur publique.

De plus, leurs efforts ont entraînés des changements significatifs au système d’aide social qui l’ont rendu plus accessible, moins déroutant et moins stigmatisant pour ceux dans le besoin. En tout, plus égalitaire pour tous.


Contexte

Le titre du mouvement faisait allusion à la “ société juste ” promus premièrement à l’écrit, et plus tard dans la campagne électorale de Pierre Elliot-Trudeau, à qui l’image d'un leader dynamique et progressif était parfaite pour ces temps de conscience sociale grandissante et de promotion d’une société plus égale et juste. Trudeau et les libéraux faisaient partie d’un tendance globale progressive incluant les anciennes colonies Européennes qui devenaient indépendantes, des révoltes dans les blocs soviétiques, des démonstrations étudiantes et de travailleurs en France, et le mouvement des droits Civils aux États-Unis. Le mouvement des droits civils aux États-Unis donnait un exemple inspirant d’intégrité et de courage malgré le climat de préjudice raciste, de discrimination systématique, et la violence utilisée afin de maintenir celui-ci. Aussi, leurs méthodes bien organisés et bien orchestrés offraient un excellent exemple d’un front unifié. Les mouvements féministes et gais ont suivi le parcours du mouvement des droits civils, cependant, ces mouvements mettaient l’emphase sur les divisions de la société, leur revendication reflétant les expériences d’une population majoritairement blanche et de classe moyenne.

De façon inévitable, les politiciens ont suivi le public et la tendance d’égalité, et l’accent a été mis sur les pauvres qui ont été laissés derrière dans la prospérité d’après-guerre. En 1965, le président des États-Unis Lydon B. Johnson a déclaré une “ guerre sur la pauvreté ”. Au Canada, il y a eu la création d’un Comité spécial du conseil sur la pauvreté avec un budget d’un million de dollars, et en 1968 le comité a croisé le pays pour rencontrer les pauvres du pays avec l’intention de produire un plan d’action quant à leurs découvertes afin d’éliminer la pauvreté.

De fait, tout a mal commencé pour le comité en choisissant des salles de réception d’hôtels comme lieu de rencontre, indiquant à quel point que le comité était retiré de la vie de ceux qu’ils étaient censés améliorer. En réponse à ce faux-pas, les sénateurs accompagnés des médias ont pris des tours guidés des communautés les plus pauvres au Canada. Mettant de côté le bilan final du comité, il a pu surligner les difficultés auxquels une grande partie de la population fait face, 1 million de personnes d’après la Fédération des travailleurs de l’Ontario en 1964. Des divisions internes ont mené à une rupture, avec 4 membres quittant le groupe afin d’écrire leur propre rapport qu’ils ont nommés The “Real” Poverty Report (Le “ vrai ” rapport sur la pauvreté), pour contrer la version officielle qu’ils croyaient n’auraient pas tous les faits.

Les femmes sont souvent victimes de pauvreté, et elles sont même plus affectées si elles sont des mères monoparentales en raison des obstacles auxquelles elles font face quant à l’hébergement et les sources de travail. Il n’est pas surprenant que ce sont des femmes qui ont été les premières à pousser pour des changements dans le système d’aide social. En 1966, 55 mères de Sarnia ont envoyé une lettre au premier ministre Lester B. Pearson en expliquant que le Régime de prestation familial (Family Benefit Plan) qui offrait un taux identique à tout le monde peu importe où ils vivaient étais inégal. Le taux identique voulait dire que ceux qui vivaient dans des endroits où le coût de la vie était plus élevé recevait moins d'argent relativement à ceux qui vivaient dans un endroit avec un coût de la vie plus basse.

Et c’est dans ce contexte de conscience sociale grandissante et de d’activisme progressiste que deux mères monoparentales se sont rencontrés, et ont décidés d’arrêter de se plaindre et d’essayer de changer quelque chose en aidant leurs confrères et sœurs, qui à leur tour aiderais d’autres personnes.


JSM - Méthodes et objectifs d'activisme populaire

* Le but principal de leur mouvement était d’éduquer et de rehausser l’autonomie des pauvres.

* Leur approche était simple et efficace. Pour les pauvres par les pauvres, ils fournissaient un soutient communautaire et de l’expertise pour ceux qui, comme eux, ont dû subir de l’intimidation et de l’humiliation de la part d’une bureaucratie impersonnelle. L’organisation était informelle et non-hiérarchique. Puisque le tout était mené par des bénévoles, il ne fallait pas faire utilisation de soutien financier gouvernemental, et donc n’était pas sous l’influence gouvernementale. Aussi, leurs réunions étaient informelles, sans cotisation ou présences pour que les autorités ne pouvaient jamais estimer la largeur de démonstration.

* Le mouvement opérait 2 bureaux à Toronto, ouvert de 9-5 tous près de bureaux d’aide sociale dans l’ouest de la ville, sur la rue Dovercourt, et à l’est sur la rue Seaton. Avec l’agrandissement du mouvement, deux bureaux ont été créés, un à Kingston et un à Peterborough.

* Du bureau sur la rue Dovercourt sous la direction de Susan Abela (mère monoparentale et bénévole) le mouvement publia plus de 500 copies du journal JSM Community Concern.

* Des kiosques ont été installés aux bureaux d’aide social. Des bénévoles étaient dans les bureaux d’aide social afin d’aider ceux qui en avaient besoin. L’effort coordonné du mouvement s’assurait que la présence des bénévoles devait être toléré.

* Avec le développement du mouvement, le mandat a changé en devenant plus axé sur l’activisme, en gardant les soutiens aussi.

* Ce mouvement communautaire mené par des femmes et des mère monoparentales était inhabituel et attira l’attention des médias lors de leurs démonstrations et de grèves d’occupations. Avec ces reportages, le mouvement a fait ressortir les enjeux reliés à l’aide social et à la pauvreté. De plus, la peur de reportages négatifs permettait au JSM d’avoir un accès direct au Ministre d’aide social et d’autres figures officielles.

* Le rôle central des bénévoles du JSM voulait dire qu’il fallait qu'elles aient une approche différente quant aux démonstrations, dans le type et l’organisation de celles-ci. La majorité était des mères monoparentales qui ne pouvaient pas risquer une arrestation, parce qu’elles pourraient ne plus voir leurs enfants, ou même voire se faire retirer la garde de leurs enfants. Cependant, leurs manifestations étaient efficaces.

* La pauvreté et le fait d’être mère rendait la planification de démonstrations plus difficile que ce que les activistes professionnels males devaient organiser. Par exemple, le transport vers un site de démonstration exigeait de l’argent et de la garde d’enfant, et s’il n’y avait pas l’un des deux, il fallait penser au risque de violence si on apportait ses enfants.


Les succès du mouvement

* Les bénévoles astucieuses en politique et en média ont organisé une campagne publique qui mettait l’emphase sur les problèmes auxquels les personnes pauvres de la ville faisaient face. Un cas notable était une grève d’occupation d’un appartement inoccupé dans un immeuble géré par la Société de logement de l’Ontario qui exposa ses pratiques discriminatoires, et l’absence de transparences dans la gérance de leurs immeubles. Cette grève d’occupation a mené à des arrestations. Cette action a mis en lumière la pratique assez commune de l’éviction de familles avec des enfants “ difficiles ”, ces familles étaient aussi mises sur des listes noires. Ce cas-ci impliquait une mère et ses 5 enfants, deux qui avait des besoins spéciaux et faisaient utilisation de services sociaux, qui ont été expulsés et ont été informés qu’il n'y avait plus de d’appartements vacants. Les journaux ont rapporté l’histoire, ce qui a attiré de l’attention vers le mouvement JSM et le besoin de ce type d’activisme.

* Le mouvement a réussi à faire changer le Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants de l’Ontario (RAFEO) – ceux qui bénéficiait de l’aide social était inéligible pour le RAFEO. Ceci rendait l’éducation post-secondaire quasiment impossible pour plusieurs personnes, en particulier les mères monoparentales qui ne pouvait pas arrêter de recevoir l’aide social afin d’aller à l’école. (Cette décision a plus tard été renversé)

* Un contingent de 500 personnes est allé à une réunion du Comité spécial du conseil sur la pauvreté à Toronto – à qui le mouvement a refusé le financement afin de rester indépendant – cette réunion était sur la page couverture des journaux avec une exigence que le problème n'est pas la pauvreté, mais la richesse, et que la richesse devrait être examiné en tant que cause principale. Leur revendication a gagné le soutient de plusieurs membres du Comité spécial du conseil sur la pauvreté quittant le groupe afin d'écrire leur propre rapport pour contrer la version officielle qu'ils croyaient n'auraient pas tous les faits.

* Étant une présence régulière dans les médias, le JSM mettait l’attention sur les pauvres de la ville – certains enseignants apportaient leurs élèves aux bureaux du JSM afin de les éduquer quant aux difficultés auxquels les pauvres de la ville font face. Ceci assurait une pression constante sur le gouvernement de la part du public De plus, le mouvement s’est joint au réseau partisan national qui a mené à des alliances productives comme celle formée avec le mouvement de paix qui a arrêté la démolition d’un groupe de maisons au centre-ville par Ontario Hydro, qui sont devenues des coopératives.

* En tout, le groupe a eu plusieurs succès et a dépassé leur mandat original d’éducation et d’autonomisation de la communauté pauvre de Toronto dans très peu de temps.


L’héritage du mouvement

Les succès considérables du mouvement démontrent l’efficacité de leur approche d’activisme populaire, qui évolua de manière organique sans se dévier de ses principes fondateurs. En particulier, le mouvement a évité le système hiérarchique qui reflétait souvent les pensées de ceux dans une position privilégiée. De façon importante, même s’il n’y avait pas d’hiérarchie établie ou de chefs désignés, le mouvement comprenait le besoin d’un chef, et invitait tous leurs membres à devenir les chefs temporaires. Le groupe offre aussi un exemple de la nécessité de résister l’approche souvent politisé que plusieurs activistes adoptent, en gardant le focus sur les besoins de ceux qu’ils prétendent aider. Les femmes, et en particulier les mères monoparentales, n’ont pas les mêmes libertés que les hommes lorsqu’ils font des actions militantes. Les mères monoparentales ne peuvent pas risquer une arrestation, parce qu’elles pourraient ne plus voir leurs enfants, ou même voire se faire retirer la garde de leurs enfants. S’il y a n’importe souci quant au transport d’un endroit à un autre, où quant à la garde d’enfant, ce serais très difficile pour elles de participer. Ces derniers sont des besoins de base, très évidents aux femmes, mais pas aux hommes. En offrant de la garde d’enfants aux évènements, les organisatrices s'assuraient que tous leurs membres pouvaient participer, ce qui n’est pas le cas dans des organisations dominée par des hommes.

En tout, les succès du “ Just Society Movement ” démontre l’efficacité de leur activisme populaire et indépendant, d’une personne à l’autre. Inversement, la courte durée de vie du mouvement sert d’exemple quant aux difficultés que les petites organisations peuvent subir en tentant de joindre leurs efforts à des mouvements plus généraux.


Références:

Little, Margaret Hillyard. “Militant Mothers Fight Poverty: The Just Society Movement, 1968-1971.” Labour / Le Travail, vol. 59, 2007, pp. 179-197.

"Just Society Movement: Toronto's Poor Organize," George Ford and Steven Langdon, Canadian Dimension 7 (June-July 1970), 19-23.

"Just Society Plans Day Care Centre". Seven News, Volume 1, Number 7, August 28, 1970, P. 5.

"The Just Society Movement." Howard Buchbinder, in Brian Wharf, ed., Community Work in Canada (Toronto: McClelland and Sewart, 1979), 129-152;

Toronto’s Poor: A Rebellious History. Bryan D. Palmer & Gaetan Heroux. Between the Lines. 2016.


Traduit par Léa Rousseau.


This article is also available in English.